Philippe Francoeur s'éveilla le premier. Il n'était pas encore jour. Des ténèbres profondes, à peine combattues par les lueurs ternes de quelques tisons agonisants, régnaient dans la cabane. Le matelot écouta un instant, en se soutenant sur le coude. La cadence régulière d'une respiration lui apprit que Guyonne dormait profondément. Il s'occupa aussitôt à ranimer le feu. Ensuite, il plaça sur les cendres chaudes un vase de terre cuite, dont la rude fabrication accusait un ouvrier peu exercé au pétrissage de la glaise, fit fondre dans le vase de la graisse, y versa des graines de maïs, puis de l'eau, boucha le tout avec un couvercle, et s'asseyant sur un billot de bois, surveilla la cuisson du déjeuner.

La flamme éclairait la cabane, et se livrait dans son intérieur à des jeux de lumière et d'ombre vraiment fantastiques. Cet intérieur était de la plus grande pauvreté. Quatre poteaux fichés en terre, reliés entre eux par des claies d'osier plâtrées de boue; un toit presque plat, percé au centre pour donner issue à la fumée, en formaient la bâtisse. Le long d'un des pans de la muraille s'étendait le lit sur lequel était couchée Guyonne. Vis-à-vis s'étalaient quelques grossiers ustensiles de ménage, de pêche, de chasse et de labour. A deux perches croisées sous le toit pendaient des chapelets de harengs, morues, sardines; des bottes d'herbages potagers et des guenilles sans nom. La porte, faite d'écorces, était placés au sud.

Alors que les clartés brillantes de la flamme commençaient à pâlir sous les feux de l'aurore, la jeune fille ouvrit les yeux.

Philippe, qui la guettait, s'approcha, d'elle sur-le-champ.

—Je suis bien, lui dit Guyonne, en devinant qu'il allait s'informer de sa santé.

—Et vos membres?

—Un peu courbaturés, répliqua-t-elle. Mais je puis marcher, et… monseigneur…

—Noble vicomte, il est cruellement changé! dit Philippe d'un ton ému.

—Ah! il vit! s'écria Guyonne avec transport.

—Il vit, oui. Mais le chagrin, les privations… Ah! il s'est passé de tristes événements depuis cette nuit… Et vous?