Le matelot narra brièvement au vicomte l'histoire de Guyonne, depuis sa disparition du camp jusqu'au moment où elle avait été si miraculeusement sauvée. Jean écouta ce récit avec une attention muette et pour ainsi dire suspendu aux lèvres du conteur.
—Viens, viens, dit-il aussitôt que Philippe eut cessé de parler. Allons la chercher. Car tu ne sais pas qui elle est, cette jeune fille… Tu ne sais pas qu'elle appartient, à la noble famille… Mais le saisissement, me rend fou! Hâte-toi… dépêchons!
—Pardon, monseigneur, dit le matelot sans bouger.
—Non, marche! je grille d'impatience, s'écria le vicomte, tout frémissant de cette impétuosité égoïste dont une félicité imprévue anime notre sang.
—Monseigneur, écoutez-moi, je vous en conjure, objecta Philippe en arrêtant l'écuyer par un regard. Avant tout il faut prendre nos précautions. Soyons circonspects. Le retour de Guyonne pourrait nous être funeste à tous, si son sexe était connu. Du sang-froid donc.
Cette sage admonestation réprima la fougue du jeune homme.
—Tu as raison, mon cher Philippe, et je suis mi insensé, dit-il, en tendant la main au Maléficieux.
—Oh! je comprends cet empressement, répondit Francoeur, avec un sourire que lui permettaient son âge et les nombreux services qu'il avait rendus au vicomte de Ganay. Vous resterez ici, continua-t-il, votre rang et votre dignité le commandent. Moi je retournerai près d'Yvon et vous l'amènerai. Soyez sur la porte du castel quand nous arriverons; et, en présence des colons qui savent déjà la bonne nouvelle, accueillez-le de façon à ne pas exciter les soupçons. Vous excuserez votre vieux matelot. Il est bien hardi de vous donner des conseils.
—Donne toujours, mon bon Philippe. Tout t'est permis, à toi.
—Ensuite, reprit le marin en se grattant le front, ensuite, monseigneur… ma foi, vous savez ce que vous avez à faire.