—Oui, oui, oui. Vole la quérir!

—C'est Yvon, rien qu'Yvon, le N° 40, n'oubliez pas, monseigneur, dit
Philippe en s'éloignant.

Dès qu'il fut parti, Jean de Ganay ouvrit son coffret de palissandre, en tira le portrait dont nous avons parlé dans les chapitres précédents et le contempla avec adoration. Puis il le baisa respectueusement, le replaça dans le coffret qu'il ferma et sortit.

Les colons au nombre de dix étaient attroupés devant l'habitation du chef. Ils causaient à haute voix de la miraculeuse trouvaille qu'avait faite le Maléficieux. L'apparition du vicomte mit fin à leurs conversations.

Tous les regards se tournèrent vers lui comme pour l'interroger. A son tour, il raconta en peu de mots les aventures d'Yvon. Et quand Philippe revint suivi de la jeune fille, toutes les curiosités étaient satisfaites. Les routiers se précipitèrent au-devant de leur faux compagnon, rivalisant d'avidité pour lui serrer la main ou lui adresser une parole d'amitié. Car tous aimaient Guyonne qui en maintes occasions les avait tour à tour plus ou moins obligés.

Nabot lui sauta au cou et la baisa bruyamment sur les deux joues en disant:

—Tiens, mon bijou, tu es si beau et si bon, que si tu eusses porté cornettes et jupons au lieu de haut-de-chausses, je t'aurais offert mon coeur.

L'assemblée se mit à rire, et Guyonne rougit vivement. Les roses de son teint s'empourprèrent bien davantage quand elle aperçut le vicomte Jean. Philippe, qui lui donnait le bras, craignant que son émotion ne la trahît, lui dit à l'oreille:

—De la fermeté!

Elle s'avança timidement. Le vicomte la félicita, avec assez de calme, sur sa miraculeuse délivrance. Elle répondit par un bégayement inintelligible. Et Jean de Ganay, pour mettre fin à une scène qui devenait embarrassante, lui dit: