—Et Jean de Ganay! Jean de Ganay! le brave Jean de Ganay! s'écrie ma lectrice en froissant ce livre de désappointement.
—Et Guyonne! la divine, l'incomparable Guyonne! réclame mon lecteur avec une impatience bourrue.
—Qu'est devenu ce bon Maléficieux? mon Dieu! je voudrais pourtant bien le savoir, demande une voix enfantine.
Ne pouvant résister à cette trinité charmante qui le presse, dût-il commettre une indiscrétion pour satisfaire son auditoire, le conteur répond:
Philippe Francoeur, Guyonne de Kerskoên et Jean de Ganay, après avoir affronté mille morts, abordèrent sur les côtes de l'Acadie. Ils furent reçus par quelques familles qui s'y étaient fixées. Les deux amants se marièrent. Durant une année, ils jouirent d'un bonheur sans mélange. Mais au bout de ce temps, Guyonne mourut en donnant le jour à un garçon.
—Pardonnez-moi, mon ami, dit-elle à son époux avant de rendre l'âme; je vous avais celé le voeu que j'avais fait, le jour où j'allais périr de froid sur un glaçon, de consacrer au culte de Jésus le reste de mes jours, s'il les épargnait. A ce voeu vous savez que j'ai manqué. Le Seigneur n'a pas voulu bénir notre union; que sa sainte volonté soit faite! Puisse l'exemple de sa mère rappeler sans cesse au pauvre enfant qui vient de naître qu'il faut observer religieusement ses serments si l'on veut être heureux dans ce monde et dans l'autre!
Brisé de douleur, Jean de Ganay répondit par une explosion de sanglots.
P. S.—Mais Laure de Kerskoên? s'exclame un curieux impitoyable.
—La chronique rapporte qu'elle fut enlevée et épousée par Bertrand de
Mercoeur.
—Furent-ils heureux?