Soudain, comme la chaloupe arrivait à la cime d'une vague, une masse sombre se profila près d'elle.

—Au secours! vociféra Jean de Ganay, reconnaissant le navire qu'ils avaient distingué deux heures auparavant.

Enlacée à son amant, Guyonne leva la tête, et poussa un cri d'indicible effroi!

Un rayon de lune lui avait montré la figure sardonique du pilote
Alexis Chedotel, accoudé à la lisse de tribord du navire……………

Le lendemain matin, il y avait grande allégresse sur l'île de Sable. Une barque de cent tonneaux se balançait coquettement à un demi-mille de la côte.

Chedotel la commandait.

Un lustre auparavant, après avoir déposé quarante individus sur l'île de Sable, prétextant des tempêtes qui le chassaient vers l'Europe, le pilote avait ramené Guillaume de la Roche en France. «Ce dernier n'y eut pas plus tôt mis le pied, dit l'historien du Canada, qu'il se trouva enveloppé dans une foule de difficultés au milieu desquelles le duc de Mercoeur, qui commandait la Bretagne, le garda prisonnier pendant quelque temps. Ce ne fut qu'au bout de cinq ans qu'il put raconter au roi, qui se trouvait à Rouen, ce qui lui était arrivé dans son voyage. Le monarque, touché du sort des malheureux abandonnés dans l'île de Sable, ordonna au pilote qui les y avait conduits d'aller les chercher. Celui-ci n'en trouva, plus que douze…

»A leur retour, Henri IV voulut les voir habillés comme on les avait trouvés. Leur barbe et leurs cheveux qu'ils avaient laissé croître pendaient en désordre sur leurs poitrines et sur leurs épaules; leur figure avait déjà pris un air fauve et sauvage, qui les faisait plutôt ressembler à des Indiens qu'à des hommes civilisés. Le roi leur fit distribuer à chacun cinquante écus et leur permit de retourner dans leur famille, sans pouvoir être recherchés de la justice pour leurs anciennes offenses.»

Ainsi finit le drame de l'île de Sable, un des plus remarquables des annales du Canada.

CONCLUSION