Lorsque, en présence de cette multitude muette, de cette mer endormie dont les limites se fondaient dans l'azur de la voûte céleste, le vieillard à cheveux blancs, à la voix sympathique et solennelle, implora l'assistance divine pour le succès de l'entreprise, les auditeurs se sentirent émus jusqu'aux larmes.
Les routiers eux-mêmes courbèrent la tête, comme autrefois Clovis à l'injonction de saint Rémi.
Guillaume de la Roche, le locman, plusieurs marins communièrent et reçurent l'hostie consacrée de la main du vénérable prélat.
Un observateur eût pu remarquer que non-seulement l'écuyer Jean de Ganay ne prit point part à cette communion, mais encore qu'il n'assista pas à l'office.
Que servirait de cacher plus longtemps ce que mon lecteur sagace a deviné? Le vicomte de Ganay avait embrassé le culte de la religion réformée. S'il n'osait dévoiler ses doctrines, à cette époque où l'abjuration de Henri IV était retombée comme un anathème sur le parti calviniste entier, Jean demeurait fidèle à la foi de ses convictions et se conformait secrètement aux rites qu'il ne pouvait pratiquer en public.
Il lui avait été facile de s'esquiver, durant l'encombrement qui accompagna l'entrée des captifs dans l'enceinte réservée.
La messe finie, on procéda à l'embarquement.
Les deux navires, le Castor et l'Érable, étaient mouillés à quelques centaines de mètres du rivage. En moins de vingt minutes, les passagers furent transférés à leur bord.
Un coup de canon donna le signal du départ.
Sur le Castor se trouvaient Guillaume de la Roche-Gommard gouverneur général du Canada; Jean vicomte de Ganay, son écuyer; Alexis Chedotel, pilote-locman, de l'expédition; Guyonne la poissonnière, et un nombre considérable de futurs colons.