Dans la baie, faisant face à l'autel, se balançaient deux navires de quatre-vingts ou cent tonneaux environ. Au bout de leurs mâts pavoisés et enrubannés, flottait la bannière de France et Navarre, blanche, constellée de fleurs de lis d'or. Le plus gros de ces navires portait en outre l'oriflamme de la maison de la Roche-Gommard au champ, de sable semé de trèfles d'or, au lion du même armé et lampassé de gueules. Tous deux semblaient près de lever l'ancre. Le pont, les haubans, les porte-haubans, les hunes et les vergues étaient garnis de matelots.

Cependant le cortége, commandé par le marquis de la Roche, descendait lentement vers la plage, ondulant à travers les groupes bigarrés comme un serpent à travers les touffes d'herbe d'une prairie.

Au nombre des bannis, il y en avait un qui concentrait particulièrement les regards. L'opposition qui régnait entre lui et son compagnon de chaîne contribuait puissamment à faire ressortir la noblesse de son maintien et la mâle beauté de son visage. Ce jeune homme n'était autre que celui qui avait expérimenté la vigueur de son poignet sur le thorax de l'Allemand.

—Mais, sainte Thérèse, qu'il est donc gentil, murmura une piquante Bretonne; n'est-ce pas honteux, Marthe, d'enlever un si brave gars pour le conduire au fin fond de la mer?

—Ah! dame, oui, il est bien joli à côté de ce vilain ours poilu qu'on dirait échappé de l'enfer.

—Quasiment comme si on avait amarré un ange à un démon.

—Arrière, les fillettes! ordonna un cavalier, en écartant la multitude avec sa lance.

Cet incident, comme une goutte d'eau tombée sur un charbon ardent, refroidit heureusement l'ardeur des deux bachelettes, qui déjà s'enflammaient à la vue du beau déporté.

Quand la colonne déboucha sur l'esplanade que nous avons décrite, une salve d'artillerie salua son arrivée. Les prisonniers pénétrèrent en se découvrant dans l'enceinte qui leur avait été ménagée et se mirent à genoux. Tous les spectateurs imitèrent cet exemple.

Peu après parut une procession de moines, précédant un dais sous lequel s'avançait pieusement l'évêque de Rennes, mandé pour bénir le départ des aventuriers. Le prélat monta les marches de l'autel et dit la messe qui fut entendue avec un profond recueillement. Jamais cérémonie ne fut plus majestueuse ni plus imposante.