Le Castor volait à la cime des flots avec des inclinaisons de roulis et de tangage permettant à peine aux hommes employés aux pompes de garder l'équilibre.
—Accrochez-vous aux haubans et aux cabillots! leur criait Chedotel, qui, du haut de son banc de quart, suivait sans émoi les mouvements désordonnés de la barque, et déployait une présence d'esprit surprenante dans la multiplication de ses ordres.
Quand parfois une vague, après avoir balayé le pont, menaçait, furieuse, blanche de colère, le gaillard, d'arrière, notre pilote roulait son bras autour du mât d'artimon, et, sans courber la tête, sans contraindre une seconde la posture de son corps, continuait de transmettre les commandements nécessaires au salut du navire.
Cependant, l'incendie gagnait du terrain, les pompes mal menées étaient insuffisantes à combattre ses voraces empiétements.
—Je crois que nous sommes flambés! disait un matelot.
—Frits comme des goujons en poêle, répondait un autre.
—A moins que l'Érable ne nous rejoigne d'ici à une heure.
—Ah! oui, ajoutait un quatrième. Mais, avec pareil chassé croisé de vents, je le défie de nous accoster.
—La barre sous le vent! et vous autres, hardi, hardi aux pompes! dit à cet instant la voix vibrante de Chedotel.
—Sommes-nous donc perdus? demanda le marquis de la Roche qui était sorti de sa cabine et revenu sur le pont.