Quant aux Apôtres, ils fumaient, paresseusement accroupis sur le gaillard d'arrière.

On eût dit des sagamos surveillant le travail de leurs femmes.

De fait, ces créatures les servaient de femmes pour la plupart: Indiennes ou métis, elles étaient, par eux, traitées comme les squaws peaux-rouges par les hommes de même race c'est-à-dire comme des bêtes de somme.

Après une chasse ou une expédition, elles étaient tenues d'aller ramasser le gibier ou le butin et de le serrer dans les magasins de la troupe. En campagne, elles portaient les fardeaux, tentes, piquets, ustensiles de cuisine; au camp, elles dressaient les wigwams, allumaient les feux, apprêtaient les aliments; et, quand le maître était de folâtre humeur, elles partageaient sa peau d'ours.

En retour des nombreuses obligations qu'il leur devait, celui-ci les battait souvent, leur donnait à manger quelquefois, et parfois aussi les laissait mourir de faim; mais il ne manquait guère, de les couvrir de clinquant, parce que leur parure satisfaisait sa vanité et lui valait cette réputation d'adresse qu'ambitionnent tous les aventuriers du Nord-ouest américain.

Aussi les femmes des Apôtres,—bande célèbre s'il y en eut jamais,—étaient-elles étincelantes de pierreries fausses et de bijoux en chrysocale. Outre cela, toutes portaient des jupes rouges, vertes, bleues, jaunes, d'une vivacité de couleurs à blesser les yeux.

Ces jupes, cependant, créaient de terribles jalousies parmi les beautés du lac Supérieur.

S'ils l'eussent voulu, les Apôtres auraient attiré à eux toutes les jeunes squaws du pays, à cent milles à la ronde, tant la coquetterie à d'empire sur l'esprit féminin des sauvagesses elles-mêmes.

Mais un article de leur Règlement défendait que chacun plus de cinq femmes; et, généralement, ils se montraient satisfaits de ce nombre… assez raisonnable d'ailleurs.

On peut se contenter à moins.