Sauf l'addition du similor, soit dans leur chevelure, soit sur leur habillement, nos rouges odalisques étaient vêtues à la mode indienne:—robe courte, en laine ou calicot, à peine serrée à la taille, mitas et mocassins de peau de daim, ornés de broderies en rassade ou poil de porc-épic.
Elles avaient la tête nue, les cheveux plats, peu longs et peu fournis, divisés en deux bandeaux sur le milieu du front.
Si quelques-unes pouvaient passer pour jolies, le plus grand nombre ne paraissaient guère propres à inspirer de tendres sentiments. La laideur d'une certaine quantité devait même être un antidote contre l'amour.
C'est au moins la réflexion que se fit Dubreuil, en se trouvant tout à coup au milieu de cet essaim d'Indiennes, car, pour les Apôtres, il est probable qu'ils n'y regardaient pas de si près.
—Tu vois notre harem, dit de sa voix mélodieuse le Mangeux-d'Hommes à l'ingénieur. Si, pendant ton séjour avec nous, tu te sens quelque désir, tu m'en avertiras. Mais garde-toi de faire les yeux doux à l'une de ces femmes, car alors je ne répondrais pas de ta vie. Mes gens sont jaloux comme des tigres, et ils ne souffrent pas qu'on se mêle à leurs affaires de ménage. Sois tranquille du reste: il ne manque pas, aux environs, de jeunes filles…
—Merci pour votre complaisance, interrompit sèche ment Dubreuil; mais que pensez-vous faire de moi?
—Tu le sauras bientôt. Par le Christ, mon frère aîné, tu le sauras bientôt! seulement, souviens-toi de ton serment.
—Vous êtes le plus fort…
—Assez! s'écria impatiemment Jésus. On va te mener à terre, dans cette île que tu vois sur la droite. Tu seras libre de t'y promener. Mais, je te le rappelle encore n'oublie pas que tu m'as donné ta parole de ne pas chercher à fuir. En prononçant ces mots, le capitaine indiquait du doigt un groupe d'îlots assez considérable qui marquetaient le lac, à une portée de pistolet du lieu où la Mouette était à l'ancre.
Ces îles formaient l'archipel des Douze-Apôtres.