La nuit était noire, profonde; noire comme la tombe, profonde comme l'immensité. Des sons lamentables emplissaient l'air: c'était l'aboiement des chiens, auquel répondait le hurlement sinistre des loups; puis, c'était le meuglement mélancolique des boeufs, auquel se mêlaient, par brusques, par violentes rafales, les sifflements de la bise. Et, faisant la basse dans ce sinistre concert, le lac Supérieur broyait, avec un formidable fracas, ses ondes aux grèves rocheuses de l'archipel des Douze-Apôtres.
Un grand éclair violacé déchira tout à coup les ténèbres.
A son éclat passager, mais intense, on eût pu voir une Indienne qui, rapidement, furtivement, traversait la cour du fort La Pointe.
Pour n'être point observée, sans doute, elle glissait le long de la haute palissade dont la factorerie était entourée.
Ainsi, avec légèreté, Meneh-Ouiakon,—vous l'auriez reconnue à l'élégance de sa démarche,—atteignit une porte basse, garnie de lourds montants en bois.
Du bout du doigt elle gratta cette porte.
Point de réponse à son signal.
Le vacarme des éléments en furie avait probablement empêché que l'appel de l'Indienne fût entendu.
Sans hésitation, mais non sans une certaine impatience, elle frappa le panneau avec son poing.
La porte s'ouvrit.