—Je vous aime, répondit-elle d'un accent sincère, mais sans animation.

—Dites-moi aussi, continua le Français, quel intérêt vous a poussée à me servir?

—Quand mon frère est tombé, frappé par son ennemi, je me suis baissée pour aider à le relever. Mais mon frère n'avait plus le sentiment de l'existence; on l'a emporté hors de la salle du banquet. Mais, à la place qu'il occupait, j'ai trouvé ce totem. Il m'indiquait mon devoir, j'y ai été fidèle.

—Sans cela, sans ce carré de bois, vous m'eussiez laissé périr, dit
Dubreuil d'un ton sombre.

L'Indienne ne répondit pas.

Il y eut un moment de pénible silence, à peine troublé par les sourds rugissements de la tempête qui déferlait au dehors.

—Ah! soupira le malade, je comprends. Mais ce n'est pas ainsi que je voudrais être aimé, pas ainsi que les femmes aiment dans mon pays… Vous auriez mieux fait de m'abandonner à mon sort.

—Je croyais que mon frère était un homme fort. Nos jeunes guerriers ne savent pas pleurer. On les habillerait en femmes ceux-là qui verseraient des larmes.

—Mais que deviendrai-je? Je n'avais ici qu'un ami; il est perdu. Maintenant, me voici captif, grelottant la fièvre, estropié et condamné à ne plus voir la lumière du jour; car, dans ce cachot règne une nuit éternelle, et l'air respirable n'arrive que difficilement par quelques fissures imperceptibles.

—L'impatience, mon frère, est l'arme des faibles. Prends courage, et tu sortiras d'ici.