—Mais j'en veux parler! Que serais-je devenu, blessé à la tête, la jambe cassée à la suite de ma chute, en proie à une fièvre cérébrale, si vous n'eussiez pris soin de moi, en exposant votre propre sécurité; car, j'en ai la conviction, c'est au péril de vos jours que vous venez me visiter ainsi chaque nuit…

—Mon frère se trompe, dit froidement l'Indienne.

—Je me trompe! mais la vieille Maggy me l'a dit!

—Maggy déraisonne.

—Vainement, ô Meneh-Ouiakon! vous tenteriez de me dérober la vérité. Votre dévouement pour le malheureux prisonnier m'est connu. Et quand même Maggy, ma gardienne, n'aurait pas trahi votre secret, je l'ai découvert. Plus d'une fois, quand vous me croyiez endormi, j'étais éveillé. Je vous ai entendu causer avec ma geôlière. Je sais que vous l'avez gagnée, qu'elle vous ouvre toutes les nuits la porte de cette caverne…

—Mon frère en est-il mécontent? demanda la jeune fille d'un air triste.

—Mécontent! Le pouvez-vous penser?… Je vous aime…

L'Indienne, qui se trouvait près du lit, tressaillit. Une brûlante rougeur monta à ses joues, elle dégagea doucement sa main dont Dubreuil s'était emparé, et qu'il pressait chaleureusement sur sa poitrine.

—Ainaway-min (ami), dit-elle, nous devons, ce soir, causer sérieusement.

—Avant tout, dites-moi que vous m'aimez.