Maggy inclina la tête en signe d'assentiment, et éteignit sa lampe.
La nuit finissait et, à travers les nuages épais qui roulaient au ciel, quelques teintes grises commençaient à se montrer vers l'Orient.
CHAPITRE XIII
LA FUITE ET LES MERVEILLES DU LAC SUPÉRIEUR
Ainsi que la plupart des établissements de même espèce, la factorerie de la Pointe renfermait une certaine quantité de bestiaux. Chaque matin, ces bestiaux étaient lâchés sous la garde de quelques chiens, qui les menaient paître autour du fort ou dans les îles voisines et les ramenaient, le soir, aussi fidèlement que s'ils eussent été accompagnés par des bergers [40].
[Note 40: Cette habitude de confier les troupeaux à la direction des chiens, sans le concours de bergers, est très-générale dans l'Amérique septentrionale. Sur le bord des fleuves, le bétail franchit souvent des espaces considérables à la nage pour aller paître dans les îles environnantes, et le soir il rentre sous la conduite du chien qui l'a guidé dans ses excursions fluviatiles.]
Revêtue de sa peau de jeune taureau, Meneh-Ouiakon se plaça résolument au milieu du troupeau, que la vieille Maggy fit aussitôt sortir de l'écurie à coups de houssine.
—Tu ne te couches donc pas plus que les chouettes, sorcière! grommela le factionnaire auquel elle demanda d'ouvrir la porte du fort.
—Mon frère dormait, car, sans cela, il aurait vu que le jour va luire, répondit ironiquement Maggy.
—Le jour! le jour je suis sûr qu'il n'est pas plus de minuit…