—Vous parlez français! tu parles français! elle parle français! s'écria le dragon d'un ton aussi stupéfait que s'il eût entendu un quadrupède lui répondant dans sa langue.

Puis, après un moment de silence, donné à la surprise, il reprit avec la joyeuse insouciance qui lui était habituelle:

—Mais ça me va parfaitement. D'abord, sans vous offenser, comment vous appelle-t-on, mam'selle?

Meneh-Ouiakon ne répliquant pas, Jacot Godailleur continua:

—Vous voudrez bien, n'est-ce pas, m'obliger, et je vous récompenserai comme vous le désirerez. Si le mariage même ne vous dégoûte pas, eh bien! nous nous marierons, à la mode de mon pays ou du vôtre; c'est-il dit? Si vous êtes aussi bonne que vous êtes belle, je ne ferai pas un trop mauvais marché, après tout, car vous êtes tonnerrement taillée pour l'amour, ma petite. Jacot Godailleur, ex-cavalier de 1re classe au 7e régiment de dragons, s'y connaît, croyez-le.

—Mon frère, dit la jeune fine, est l'esclave d'un chef français?

—Esclave! moi! jamais! brosseur, à la bonne heure, et je m'en flatte, mam'selle. J'ai été le brosseur de mon mar'chef, un propre soldat. Le connaîtriez-vous? alors, si vous avez eu l'avantage de lui plaire, je retire mes propositions. Sauf votre respect, mam'selle, je ne vais jamais sur les brisées de mes supérieurs. Mais, où est le mar'chef, dites?

—Adrien Dubreuil est prisonnier, répondit Meneh-Ouiakon.

—Les brigands ne l'ont donc pas tué? vous l'avez vu? vous lui avez parlé? quand? où? s'enquit l'ex-dragon avec une volubilité extrême.

—Je l'ai vu, je lui ai parlé, il y a trois nuits, dit l'Indienne.