—Où, dites-moi.

—Aux îles des Apôtres.

—Connais pas, fit Jacot avec un mouvement des épaules. Mais, ajouta-t-il d'un ton suppliant, vous m'indiquerez le chemin.

—Non, dit Meneh-Ouiakon; si mon frère désire être utile à son maître, il fera mieux de me suivre.

—Vous suivre! mais j'irais au bout de la terre, sans vous manquer de respect, mam'selle. Car figurez-vous que j'ai été pris avec le mar'chef par ces scélérats d'assassins, que leur capitaine, un diable rouge, m'a mordu au cou, jeté à l'eau; que je suis rentré à la nage dans le bateau, ou j'ai retrouvé le mar'chef, mais pas pour longtemps, car, au milieu de la nuit, regardant par un panneau de la goélette et voyant qu'elle voguait près de terre, j'ai pensé que je ne pouvais pas servir le mar'chef, tandis que je courais risque de me desservir beaucoup moi-même en restant sur le navire, et j'ai pris de la poudre d'escampette. Ah! si j'avais su! Je gagne le bord; j'attends le jour pour m'orienter. Je découvre des tas de gens. Bon, je me dis, te voilà sauvé, Godailleur. Mais c'étaient des Américains qui travaillaient aux mines de cuivre. Ils ne me comprenaient pas, ni moi non plus. A grand'peine j'ai pu vivre depuis ce temps-la… Quel coquin de pays, sauf votre respect, mam'selle! Ça ne fait rien, si le mar'chef ne vous a pas… vous m'entendez… et si vous pouvez me fournir le moyen de retourner en France… ma foi, mille millions de carabines, je vous épouse! Mais, il paraît que vous me connaissez aussi!

—Je te connais, mon frère.

—Ah! j'y suis, le mar'chef vous a parlé de moi!

—Ton chef m'a parlé de toi.

—Mais, sans vous offenser, fit alors Jacot Godailleur l'un ton méditatif, vous me tutoyez comme si nous avions été camarades de lit pendant tout un congé est-ce qu'il me serait permis de vous rendre la réciproque, sauf votre respect?

Cette question saugrenue demeura sans réponse.