Lui, qui eût affronté en souriant la mort sur un champ de bataille, il en concevait là une épouvante qui glaçait son sang et baignait ses membres d'une sueur froide.

Le silence de la tombe régnait dans ces lieux, que les anciens eussent assurément pris pour la porte de leur Ténare: il en doublait l'effroi.

Tout à coup retentit le ruissellement de deux avirons battant l'eau avec violence.

—Ah! je te tiens enfin! braille le lieutenant du Mangeux-d'Hommes.

Et dans la caverne s'élance, comme un loup sur sa proie, le canot que dirige Judas.

—Oui, je te tiens répète-t-il avec les accents d'une joie frénétique; je te tiens, et, par la vertueuse Shilagh, femme du bien…

A ces cris, la Portaille s'était emplie de sons formidables comme la répercussion de cent pièces d'artillerie.

Tant de voix, tant de vibrations partaient, se heurtaient, se fracassaient dans les cavités de l'antre, que l'oreille en était assourdie, la tête brisée.

Un instant, l'ex-dragon crut que son cerveau, martelant son crâne comme une enclume, allait le faire éclater.

Mais, alors que Judas proférait son juron favori, un grondement sourd, mat, succède à ces meurtrières clameurs. L'eau jaillit avec force et couvre d'une pluie battante le canot de Meneh-Ouiakon, qui se trouve précipitamment chassé hors de la Portaille, par l'entrée orientale.