—Ah! si vous y consentiez!
—Délie ta langue.
—Souffrez, sauf votre respect, mam'selle, en la couvant du regard, que je vous porte sur mes épaules jusqu'au rivage.
Meneh-Ouiakon se mit à rire.
—Non frère est fou, répliqua-t-elle.
Et, sautant dans le lac avec légèreté, tandis que Godailleur en sortait assez lourdement, elle s'attela au canot et le traîna jusqu'à la berge, dans une petite anse, au pied même de la Chapelle.
La chapelle, ou le Doric Rock, ainsi que l'ont rebaptisée les Anglais [46], est le vestibule des Rochers-Peints. La structure de ce roc étrange, son nom l'annonce.
[Note 46: J'ai déjà montré, dans mes précédents ouvrages, combien cette déplorable manie d'altérer les noms propres, déployée par la race anglo-saxonne, remplit de confusion la géographie de l'Amérique Septentrionale. Deux nouveaux exemples, pris sur les lieux mêmes dont je parle, achèveront d'en illustrer le ridicule. Sur diverses cartes, le Gros-Cap, situé, comme l'on sait, à l'entrée du lac Supérieur, est désigné sous le nom de Crow-Cape, parce que les voyageurs anglais, ignorant le français, ont prix gros pour crow, qui signifie corbeau. Ailleurs, sur le lac Huron, ils ont fait, d'un passage appelé les Chenaux, The Snows (les neiges)! J'en pourrais malheureusement citer bien d'autres!]
Trois marches de grès naturelles, peu régulières, conduisent au temple, qui s'élève à trente pieds environ la surface du lac. Ce temple représente un arceau élevé d'une quarantaine de pieds, dont la voûte, d'un mètre d'épaisseur, est supportée aux quatre angles par quatre piliers, qui ont six à huit pieds de diamètre. Elle est excessivement intéressante, mesure une longueur quinze mètres environ, et donne naissance et vie à plusieurs cèdres fort gros et dont l'un atteint douze pieds circonférence.
Il est saisissant au possible l'effet produit par ce monarque des forêts, qui, de loin, figure le clocher de la Chapelle.