C'est Judas, le lieutenant du Mangeux-d'Hommes

—Asseyons-nous et causons, la belle, dit-il d'un ton sec et pénétrant comme la lame d'un poignard.

Meneh-Ouiakon recouvre sur-le-champ son sang-froid.

—Mon frère est lâche comme le carcajou, dit-elle.

—Possible. Mais asseyons-nous, car je suis fatigué et tu m'as fait faire une course qui aurait dégoûté moins amoureux que moi.

En disant ces mots, il la force à s'asseoir à côté de lui.

—Tu sais, continua-t-il sans lui lâcher le bras, que ce n'est point par affection pour Jésus que je t'ai enlevée de Fond-du-Lac, après ta première fuite, pour te ramener à la Pointe. J'avais mes vues; oui, par la vertueuse Shilagh, femme du bienheureux saint Patrice!

—Je connais ta perfidie.

—Très-bien, alors nous nous entendrons.

—La tribu des Nadoessis saura me venger.