—En attendant, tu es en mon pouvoir, et je, vais profiter de mes droits; car je t'aime et j'ai décidé que tu serais à moi. Allons, soit raisonnable et livre-toi de bon gré.

—Fils de chienne s'écria Meneh-Ouiakon en le souffletant avec celle de ses mains qui était libre.

—Oh! tes injures ne me touchent guère, Judas.

—Tu es si vil!

—Tes coups sont caresses pour moi, ma charmante, et tes paroles, même les plus mauvaises, douces comme miel. Va, cesse de te débattre. Rends-toi plutôt à mes désirs, et je ferai ton bonheur! Vois! la sainte Vierge me tient en sa garde. Sans elle, tout à l'heure, j'aurais et écrasé, anéanti sous cette montagne de pierres qui s'est écroulée entre mon canot et le tien. Viens donc avec moi, délicieuse fille du désert. Je te donnerai autant de ouampums et de jupes de toutes les couleurs que tu en pourras souhaiter. Jamais la chair d'animal ou de poisson ne manquera dans notre wigwam, et je te jure par la vertueuse Shilagh, femme du bienheureux saint Patrice, que toutes les squaws autour des Grands-Lacs envieront ton sort.

Judas avait mis dans l'accentuation de ces paroles une douceur mélangée de passion qui ne lui était pas habituelle. Il fallait qu'il fût bien sérieusement ému pour sortir ainsi de son flegme ordinaire.

Ce n'était plus le même homme; au contact de la jeune fille son sang s'échauffait, sa tête prenait feu, son coeur battait à rompre sa poitrine. Il continua d'un ton agité:

—Si tu comprenais ce que j'ai souffert alors que j'entendais Jésus te parler d'amour! Je l'aurais tué cet homme!… oui, je l'aurais tué! mais j'espérais qu'un jour tu me remarquerais, que tes yeux s'abaisseraient sur moi, qui vivais seul, sans maîtresse, absorbé dans l'amour que tu m'avais inspiré.

—Et c'est parce que tu m'aimes que tu me traites ainsi? dit ironiquement Meneh-Ouiakon.

—Oui, c'est parce que je t'aime que j'ai couru après toi, dès que je me suis aperçu de ta fuite.