On enterra dans le sable deux des cadavres qui appartenaient aux blancs; sur des échafauds formés de quatre pieux et d'une claie en branchages de cèdre, on plaça les deux autres, roulés, cousus dans leurs robes de buffle, avec quelques provisions et leurs armes aux côtés; puis, nous nous embarquâmes.
Le soir, nous touchâmes à Fond-du-Lac, qui n'est autre que l'extrémité occidentale du lac Supérieur. Je connaissais alors le but et le motif de notre expédition: un Canadien-Français, des nouveaux arrivés, m'en avait informé.
A vingt-quatre milles de Fond-du-Lac, sur la rivière Saint-Louis, qui débouche dans la baie de ce nom, les Américains ont fondé un important établissement pour la traite de la pelleterie. Jésus en était inquiet; car, outre que ce poste avait un personnel de plus de cent employés, on parlait d'y installer quelques troupes régulières, lesquelles n'auraient pas manqué de faire aux Apôtres une guerre acharnée. Il importait donc de s'emparer du fort avant l'arrivée de ces troupes.
Le Mangeux-d'Hommes fit appel à cette tourbe malfaisante qui vit de pillages et de rapines sur les frontières du désert, et assigna un rendez-vous général à la Grande-Rivière Brûlée. Le féroce capitaine était bien connu. Pas un, parmi les brigands du Nord-Ouest, visage pâle ou visage rouge, qui ne désirât servir sous les ordres d'un chef aussi fameux. Ils répondirent en masse à son appel.
Quand nous eûmes atterri, Jésus distribua son monde en quatre détachements.
L'un devait suivre la rive droite de la rivière Saint-Louis, l'autre la rive gauche, un troisième prendre par les bois, et le quatrième, formé par les Apôtres dont je faisais forcément partie, se proposait de remonter la rivière.
Il avait été ordonné que l'attaque serait simultanée, et qu'elle aurait lieu à deux heures du matin.
Au moment convenu, nous débarquions sans bruit, dans une petite île, vis-à-vis de laquelle les étoiles me permirent de voir huit à dix log houses (maisons en troncs d'arbres), dont l'une surmontée du drapeau de l'Union américaine.
Une clôture de piquets enfermait un champ d'une certaine étendue derrière ces maisons. Des tentes de toile, de cuir ou d'écorce étaient disséminées alentour. Une flottille de canots se balançait dans la rivière, au pied de la factorerie.
Cet endroit me sembla charmant, et il l'est en effet; car dans le fond des collines onduleuses, plantées de beaux arbres, l'abritent contre les souffles trop violents, et le terrain jouit d'une fécondité admirable.