A quinze ans, les garçons se préparent à accompagner leur père à la chasse; A vingt, ils font leur grand jeûne pour aller à la guerre.

Dès qu'ils ont scalpé: un ennemi, il leur est permis de courir l'allumette, c'est-à-dire de se marier. Le jeune homme se rend nuitamment dans la hutte de celle qu'il aime. Au foyer de la cabane, il enflamme un brin de bois, et s'approche de la couche ou repose l'objet de ses amours. Si elle souffle et éteint la flamme, le galant est accepté; si elle laisse flamber le bois, il n'a qu'à se retirer au plus vite, car les huées des autres habitants du wigwam le poursuivront jusque chez lui.

Libre de ses actions tant qu'elle est fille, honorée même, [58] en raison du nombre de ses amants, l'Indienne devient esclave aussitôt après son mariage. Dure, effroyable servitude que la sienne! le maître possède toute autorité, elle aucune. Son fils même la pourra battre sans qu'elle ait droit de se plaindre. C'est une bête de somme, qui travaille sans cesse. Encore le cheval du Peau-Rouge est mieux traité qu'elle! La famille change-t-elle de résidence, son seigneur portera seulement ses armes; elle, il lui faudra porter un, quelquefois deux enfants, les peaux et les pieux pour la tente, la chaudière pour la cuisine, et les hardes de tout le ménage. Au camp, le mari s'accroupira sur le sol et fumera tandis que la misérable squaw dressera le wigwam, ira couper et chercher le bois pour allumer le feu, puisera de l'eau, et préparera les aliments nécessaires au repas de la famille. Enceinte, on n'aura pas plus d'égards pour elle. Prise des douleurs de l'enfantement, elle se retirera dans quelque coin, se délivrera elle-même et retournera aussitôt à ses accablantes occupations.

[Note 58: Voir Poignet-d'Acier ou les Chippiouais.]

Ainsi ou à peu près est traitée la femme orientale.

Mais l'infortunée aura-t-elle une sépulture au moins?

Rarement. Quant au guerrier, ses obsèques se font en grande pompe. Il s'est réservé une place dans le séjour des esprits; mais il en a refusé une à celle qui fut la compagne de sa vie. Qu'irait-elle y faire, d'ailleurs? Le paradis des Peaux-Rouges est un lieu où l'on ne fait que chasser et se battre. Il ressemble en cela à celui des héros scandinaves; mais la charmante Walkyrie qui doit verser l'hydromel aux braves n'y figure nulle part. Elle n'y a pas de rôle, car, avant l'arrivée des Européens, l'Amérique ignorait les avantages d'une civilisation qui lui a apporté les boissons fermentées et la petite-vérole!

Tu supposes probablement que le veuvage est pour les squaws une condition très-enviable. Ah! bien oui! Le bourreau n'abandonne pas ainsi sa victime. Ici, le mort prend le vif. Il y a quelques jours, je remarquai une squaw déguenillée et portant soigneusement dans ses bras une sorte de sac, arrangé comme une poupée. Je demandai ce que c'était; on me répondit que c'était le gage des veuves.

Voici l'explication:

Un Indien vient-il à décéder, sa femme fait avec ses plus beaux vêtements à elle un rouleau qu'elle place dans le sac où son mari serrait les siens. Si elle a quelque bijoux, quelques ornements, elle les fixe à la tête, du sac, et l'enveloppe finalement dans un morceau d'étoffe.