Sortant de dessus le paquet de robes de buffles qui lui servait de lit, Adrien courut à sa fenêtre, garnie avec des carreaux de parchemin, en guise de vitres.
Il l'ouvrit.
La cour de la factorerie était pleine de monde et d'animaux. On attelait des chiens à des traîneaux [60], dont les Apôtres avaient fabriqué en grand nombre durant les derniers mois. Les chiens récalcitrants, cruellement fustigés, hurlaient à fendre les oreilles; et les hommes, en costume d'hiver, tuque rouge, couverte de molleton pantalon de même étoffe, mocassins en cuir de caribou, juraient, tempêtaient à l'envi.
[Note 60: Voir Poignet-d'Acier.]
Il y avait là les préparatifs d'un départ. Dubreuil se hâta de finir sa toilette. Ce ne fut pas long.
Comme il achevait, on vint le prévenir d'avoir à se disposer à se mettre en route.
L'ingénieur jeta sur ses épaules un pardessus en peau d'ours, que le
Mangeux-d'Hommes lui avait donné, et descendit dans la cour.
Jésus commanda à Dubreuil de monter dans l'un de ces véhicules, traîné par cinq chiens-loups aussi blancs que la neige, et donna le signal du départ.
Les fouets firent aussitôt sonner l'air. Défilant lestement sous la porte de la factorerie, laissée à la garde d'un Apôtre, avec une vingtaine de recrues, les traîneaux, dirigés par le Mangeux-d'Hommes, s'élancèrent sur la croûte de glace qui pontait la rivière de Saint-Louis, et la longèrent, aux chants de ces coureurs des bois, qui n'entreprennent jamais un voyage sans entonner quelques couplets de leur propre facture.
L'un disait: