[Note 62: Mot à mot: amour à moi ou «mon amour».]

Je veux m'entretenir avec le Toi qui vit dans ma pensée, dont sans cesse les yeux de mon esprit voient, pour l'adorer, la noble image.

Que je te parle donc, au moyen de ces signes mystérieux que les bons Visages-Pâles ont enseignés aux miens, dès le temps de mon illustre aïeul Pontiac, en leur mettant, par vos longues robes noires [63] ta langue dans la bouche, ta religion dans le coeur; oui, que je te parle au moyen de ces signes muets qui disent tout, puisque ton absence comme l'épaisseur d'une montagne te cache aux yeux corporels de Meneh-Ouiakon, et que, comme la gelée d'hiver, elle a fermé ses lèvres. Pendant le silence des nuits mon esprit inquiet songe à toi, et comme la surface des eaux il réfléchit ta présence; pendant la chute du jour, je cherche Celui qui à mon amour. Celui que je n'ai jamais eu le bonheur de contempler aux rayons du soleil; je le cherche et ne le trouve plus. Son ombre même m'a quittée.

[Note 63: Les prêtres catholiques.]

Puisses-tu ne pas trop languir là où Meneh-Ouiakon t'a laissé, il y a bientôt six lunes, et puisse cette feuille plus légère que la feuille du bouleau, cette feuille à laquelle je confie le chagrin et l'espoir de mon coeur, te parvenir fidèlement, Ihouamé Miouah!

Ouvre à mon récit, Aitigush-Ouseta [64], il est l'heure que tu remontes avec la fille des sachems nadoessis le courant de sa vie, car si ton amour est grand, généreux, le sien est grand aussi comme le chêne aux verts ombrages, sous lequel il fait bon se reposer, et il est transparent comme l'onde de la source.

[Note 64: Français: bon.]

Meneh-Ouiakon sent son âme lourde; elle l'ouvre celui qu'elle aime, afin que le ciel devienne bleu et pur pour elle et pour lui.

Je veux m'entretenir avec toi qui vis dans ma pensée, dont sans cesse les yeux de mon esprit voient, pour l'adorer, la noble image.

En ma famille, l'illustre famille de Pontiac vit la tradition, du beau. On y a toujours aimé et on y aime toujours ardemment la race française. Elle nous avait relevés, nous jadis les possesseurs heureux, fiers, mais déchus de cet immense pays; pourquoi nous a-t-elle abandonnés? dis Ihouamé Miouah pourquoi nous as-tu abandonnés? pourquoi nous avoir laissés sans défense, à la merci des Habits-Rouges et des Longs-Couteaux? si vous eussiez voulu? nos lacs poissonneux, nos prairies, nos bois giboyeux, nos terres abondantes en trésors que vous savez utiliser, comme jadis le surent, rapporte-t-on, les hommes de notre origine, tout ce que nous possédons serait é vous Mes ancêtres le disaient, mes ancêtres le désiraient, mes ancêtres ne mentaient pas. Leur langue n'était pas fourchue, les sachems nadoessis n'ont pas renié ce magnifique héritage. Ils aiment ton Dieu, sans le bien connaître, car le temps a roulé, roulé; les arbres ont germé, grandi, ils sont tombés de vieillesse dans la forêt et on ne vous a pas revus, ni ceux qui nous montraient à servir, à votre manière, le Maître de la Vie. Sur les bords du lac Supérieur, les rivières pleurent leur départ. Dis-moi, Ihouamé Miouah que ces pleurs auront une fin.