—Je suis, dit gravement le chef nadoessis, frère de Meneh-Ouiakon. Voici sa parole qu'elle t'envoie par moi, pour que tes yeux en prennent connaissance et la marquent dans ton esprit.
Et il lui tendit une lettre.
Adrien Dubreuil la parcourut rapidement, en frémissant et en pâlissant.
Puis, d'une voix altérée, il s'écria:
—Quoi ce scélérat de Judas l'a poursuivie jusqu'à Montréal; il a tenté de l'enlever, de lui faire violence, et, n'y pouvant parvenir, lui a jeté une bouteille de vitriol au visage. Oh! le monstre!… Ah! je suis déterminé, maintenant. J'irai droit au Canada, au lieu de retourner en France, comme c'était mon intention… je vengerai Meneh-Ouiakon… et l'épouserai!… Elle est malheureuse… elle est affligée… plus de méprisables considérations mondaines… je serai son mari… son protecteur naturel…
Le brave jeune homme fondit en pleurs.
Pendant ce temps, Shungush-Ouseta l'examinait en silence, mais avec une attention soutenue.
Le voyant un peu plus calme, il lui dit
—Meneh-Ouiakon est vengée, que mon frère se rassure. Voilà la main qui a frappé son lâche assaillant.
—Mais elle, où est-elle? dites-le moi.
—Meneh-Ouiakon, répondit l'Indien, est parmi les robes noires de
Montréal.