—Oui, de la vieille France.

Shungush-Ouseta (le Bon-Chien) attacha sur son interlocuteur un regard de respectueuse admiration; puis, se mettant à genoux devant lui:

—Mon frère, dit-il en tremblant d'émotion, me fera-t-il l'amitié de me donner la main?

—Comment! s'écria Adrien surpris, mais c'est avec le plus grand plaisir que je serrerai la vôtre, mon brave. Seulement, relevez-vous, je n'aime pas les gens dans une posture semblable. Mais le Nadoessis, prenant la main du Français sans changer d'attitude, la baisa révérencieusement. Puis il dit en contemplant Dubreuil avec une sorte d'adoration:

—J'aime mille fois le jour où je t'ai rencontré, mon frère, car j'ai constaté que ta nation est aussi hardie aussi adroite que me l'avait dépeinte mon grand-père. Maintenant que j'ai vu un Français, un Français de la France, je n'ai plus rien à désirer.

—Mais ne restez pas ainsi prosterné devant, moi, je ne suis pas une idole! s'écria l'ingénieur, ne sachant trop s'il devait rire ou se fâcher. Shungush-Ouseta se leva.

—Comment, se porte notre chef, le Soleil? Pour le coup, Adrien crut avoir affaire à un fou.

—Je ne comprends pas, fit-il en secouant la tête.

Le Nadoessis sourit d'un air fin.

—Mon frère, dit-il, craint que je ne sois un traître, mais, ni moi ni
les miens n'avons accepté la violence des Habits-Rouges ou des
Longs-Couteaux [15]; moi et les miens nous sommes restés fidèles à la
France. Et toujours nous la servirons, elle et ses enfants [16].