Mon petit coeur en gage
N'est pas pour un luron.
Ma mère l'a promis
A un joli garçon.]
L'allégresse était partout, dans les coeurs comme sur les visages, car l'hiver avait été dur; on avait cruellement souffert du froid et du manque de provisions au Sault-Sainte-Marie,—plus d'un imprévoyant était mort de faim,—et le départ de la Mouette annonçait le départ des mauvais jours, le retour de l'abondance et de la belle saison.
A midi un coup de canon résonna.
C'était le signal pour lever l'ancre.
—Ma conscience! je suis tout comme un enfant, dit le père Rondeau à Dubreuil; je vous connais à peine et déjà je vous aime autant que si vous étiez mon fils. Laissez-moi vous embrasser; ça me fera du bien.
—Oh! de tout mon coeur, répondit Adrien, en se précipitant dans les bras du bonhomme.
—Et moi soupira la bouche grimaçante de l'ex-cavalier de première classe.
—Toi repartit Rondeau, ça serait déjà fait si je n'avais peur de tes crocs et de ta figure en lame de rasoir. Mais, tiens, ça ira tout de même. Viens ici.
—Sans vous manquer de respect, dit Jacot, en accolant vigoureusement le
Canadien, qui lui souffla à l'oreille:
—Mon garçon, prends bien soin de ton maître, c'est le meilleur des hommes! tu m'en réponds, entends-tu!