Le malheureux gouverneur tomba dans un banc de neige, haut de huit à dix pieds, au fond duquel il disparut tout entier comme dans un abîme.
Louis-le-Bon pouffait de rire sur son observatoire.
—Rentrez à la factorerie, mes amis, dit le capitaine aux deux employés, qui n'avaient pas fait un seul mouvement, rentrez-y, et quand on vous commandera quelque chose contre Poignet-d'Acier, souvenez-vous de sa figure.
Après ces mots, il suivit son chemin, sans plus se presser que si rien d'inusité ne lui fût arrivé.
Le gouverneur hurlait, comme un fou, en cherchant à sortir de son banc de neige.
Ce n'était pas chose facile, car plus il faisait d'efforts, plus il s'empêtrait.
—Maintenant, se dit Louis-le-Bon, la farce est jouée; d'ici à ce que M. Boyer se soit tiré de là et d'ici à ce qu'on ait rouvert la porte du fort, le capitaine aura le temps de prendre le large. Ours et buffles, quelle pirouette il a faite en l'air, notre bourgeois!
Sur ce, le trappeur descendit du rempart et alla gaiement s'asseoir au milieu des gens qui déjeunaient dans la grand'salle du fort.
Bientôt des cris attirèrent les commis dans la cour.
On apprit, avec étonnement, que la porte avait été fermée sur le gouverneur.