—C'est vrai; mais il y a plus de dix ans. Mes parents m'avaient envoyée au fond de la Colombie pour me séparer de celui que j'aimais. Il est venu m'y chercher et m'a épousée.

—Où donc est le mari de ma soeur?

—Il voyage vers le Nord.

Kit-chi-ou-a-pous secoua la tête d'un air dubitatif.

—Mon frère le connaît, continua hardiment la jeune femme; car mon frère l'a vu près de là rivière de la Mine de Cuivre. Il se nomme Alfred Robin.

—Le Jeune-Taureau! Oui, je le connais, c'est un brave, dit le
Grand-Lièvre d'un ton calme.

Victorine s'était heureusement souvenue que Mac Carthy lui avait dit qu'un chef indien appelé le Grand-Lièvre avait rencontré Alfred sur les bords du Copper-Mine-River. Cet éloge donné à son mari lui parut d'un bon augure, et elle s'imagina que le sauvage allait aussitôt cesser ses persécutions. Mais combien elle se trompait! Outre que les Peaux-Rouges de l'Amérique septentrionale sont généralement très-passionnés pour les femmes blanches, Kit-chi-ou-a-pous aimait Victorine avec l'opiniâtreté des gens de sa race. Il l'aimait depuis longtemps déjà, et les années avaient attisé sa flamme au lieu de l'affaiblir.

Cet amour était né dans une entrevue qu'il avait eue fortuitement avec Victorine, quand celle-ci habitait un couvent (ou mission) non loin du fort Vancouver.

A cette époque, le Grand-Lièvre chassait dans la Colombie, pour le compte de la Compagnie de la baie d'Hudson. Épris de Victorine, il s'était proposé de l'enlever. Mais pendant qu'il mûrissait son dessein, elle quittait en secret le couvent, et s'embarquait à Astoria pour les États-Unis [34].

[Note 34: Voir la Huronne.]