Nick ne tarda pas à l'imiter, reprit son fardeau, et tous deux disparurent dans la profondeur de la nuit, en riant cordialement du bon tour qu'ils avaient joué au gouverneur du fort du Prince-de-Galles.

Cependant celui-ci, qui s'était retiré à un demi-mille de la factorerie, avec tous ses gens, avait remarqué en chemin les traces laissées par le départ des Chippiouais.

Quoiqu'il brûlât de se venger de Poignet-d'Acier et de le faire prisonnier, la crainte d'une explosion de la poudrière l'empêchait de revenir sur ses pas.

Nul des employés, au reste, ne l'y eût accompagné à cet instant.

S'étant consulté, il pensa que ce qu'il avait d'abord de mieux à faire, c'était du poursuivra les Chippiouais et de les forcer de rapporter leur butin au comptoir.

En conséquence, M. Boyer donna l'ordre de prendre la piste des pillards, et, le lendemain soir, il les rattrapa, sans qu'ils s'en doutassent, devant leur cimetière hivernal, au moment où Kit-chi-ou-a-pous achevait de prononcer son discours funèbre sur la tombe des guerriers morts à l'attaque de la factorerie.

Avec une vingtaine de ses trappeurs les plus intrépides le gouverneur devançait le gros de la troupe d'un quart de mille environ.

Impatient du réparer l'échec qu'il avait subi, il commanda le feu dès qu'on fut à portée de fusil.

Pendant quelques minutes, le bruit des détonations troubla les
Peaux-Rouges.

Mais ils étaient bien armés, bien approvisionnés.