—Ça y est, répondit le trappeur.

Tristesse aboyait avec fureur, mais sans bouger de place.

L'obscurité était grande dans la caverne, le feu ayant cessé de brûler et le corps de l'ours interceptant la plus grande partie de la lumière sidérale qui en éclairait l'intérieur avant son arrivée.

Quelques secondes s'écoulèrent, moments d'une attente pénible, puis un grincement se fit entendre, puis un bruit lourd et mat, puis un cliquetis de fer et d'os, puis des sons épouvantables.

Et là, dans cet antre noir, profond d'une vingtaine de pieds, haut de sept ou huit, se joua un de ces drames terribles, sans nom, auxquels les régions septentrionales de l'Amérique ne servent que trop fréquemment de théâtre.

Courte en fut la durée, affreuse aussi.

Dans la pénombre, un témoin eût vu tournoyer, se rouler l'ours, les deux hommes, le chien, enlacés les uns aux autres comme des serpents. Ses oreilles eussent été frappées par des froissements stridents, des chocs secs, des respirations sifflantes, tout cela pendant une minute à peine.

Ensuite, un râle d'agonie vibrant à faire trembler la voûte de la caverne, et la voix joviale de Nick Whiffles:

—De profundis pour maître Bruin [42].

[Note 42: Ce terme est anglais. Ou l'emploie habituellement dans le désert américain. Il signifie ours, et trouve son équivalent dans Martin, sobriquet que le peuple donne chez nous à cet animal.]