La porte s'ouvrit, et une Indienne dont le visage couturé de profondes cicatrices était horrible à voir, parut dans l'entrebâillement.
CHAPITRE IV
L'ÉTOILE-BLANCHE
Elle était jeune encore, et, par une amère ironie, avait conservé des vestiges d'une beauté rare, au milieu des affreux ravages que le ressentiment de son mari avait faits sur sa face. Grand, pur et d'un ovale parfait, l'oeil qui lui restait faisait doublement regretter celui qu'on lui avait arraché. Sa bouche avait dû être rose, d'un dessin aimable, un nid à baisers, mais les lèvres tourmentées et lacérées, comme si on les eût tortillées en forme de vis avec une tenaille de fer, ne montraient plus que des lambeaux informes et charnus, qui servaient de cadre à quelques dents d'une blancheur éburnéenne, à demi brisées.
Elle portait le costume des squaws septentrionales: un chaud bonnet de peau de cygne, sur lequel était étendue une couverte brune, à liséré jaune, en un tissu de poil de daim et de buffle.
A la vue de son fils, le regard d'Alanck-ou-a-bi prit une expression de tendresse inexprimable.
Les siens, au contraire, s'armèrent de dureté.
James, dans son orgueil insensé, ne pouvait supporter l'idée qu'il devait sa naissance à une Indienne: il maudissait ouvertement la pauvre femme qui lui avait donné le jour.
Dès qu'elle fut entrée, il referma la porte et s'assit au bord de son lit, tandis que sa mère s'accroupissait sur les talons devant lui.
La couverte de la squaw, s'entr'ouvrant alors, laissa voir une tunique élégamment brodée et un fort joli collier de coquillages; car, par un reste de coquetterie féminine, la malheureuse créature avait conservé du goût pour la parure et les colifichets brillants.