—Mais si votre père…

—Oh! nous verrons. Qu'est-ce que mon père veut que je fasse à la factorerie? Je ne suis pas né pour être traiteur ou coureur des bois, moi; la profession d'avocat me convient parfaitement, et je ne quitterai certes pas mon cabinet pour aller grelotter sur les bords de la baie d'Hudson.

—Si vous ne lui obéissez pas, il vous coupera les vivres.

—Par le diable, cela m'est bien égal, je n'ai pas besoin de ses subsides, répliqua James avec suffisance.

—Je crois que vous avez tort, observa Robin; la proposition qu'il vous fait est très-acceptable. Le métier d'avocat ne vaut pas grand'chose à Québec et même dans tout le Canada. Nos jeunes gens répugnent au commerce; telle est la cause de l'appauvrissement journalier de la population française ici. Égarés par un système d'éducation cléricale vicieux, nous voulons faire ce que nous appelons nos classes, et ensuite, honteux ou incapables d'entrer dans le négoce, nous nous jetons dans le barreau, la médecine ou la prêtrise. Avocats sans clients, médecins sans malades, prêtres sans vocation!

—Et artistes? fit James avec un éclat de rire.

—Oui, artistes comme moi, sans modèles, sans critiques, par conséquent sans talent.

—Je ne voulais pas dire cela, s'écria Mac Carthy avec un accent quelque peu ironique.

—Passons, dit Robin, voulez-vous avoir mon opinion?

—Sur quoi?