Mac Carthy se retourna.
Un personnage de grande stature était debout à quelques pas de lui.
C'était un Indien armé en guerre. Il tenait à la main une carabine longue de six pieds, et, à son côté, on voyait pendre, sur sa tunique de peau de daim, la lame d'un sabre de cavalerie.
Dans une touffe de cheveux, fixée droite au-dessus de sa tête, il portait deux fortes plumes que la brise du soir balançait contre chacune de ses joues.
Ces plumes indiquaient un chef; les zébrures multicolores qui lui sillonnaient le visage apprirent aussitôt à Mac Carthy que ce chef avait nom Kit-chi-ou-a-pous, le Grand-Lièvre.
Surmontant l'impression première qu'il avait ressentie à cette rencontre inopinée, James marcha vers le chef et allongea le bras pour lui frapper dans la main, en signe d'amitié, suivant la coutume usitée parmi les Indiens de la baie d'Hudson.
Mais, loin de répondre à ce témoignage de bienveillance, le sauvage recula dédaigneusement d'un pas, en disant dans l'idiome des Chippiouais:
—Les Anglais sont des méchants (câhin nischischin Saganosch)!
—J'apporte des présents au plus illustre des sagamos, dit Mac Carthy sans paraître ni avoir remarqué le mouvement du Grand-Lièvre, ni avoir compris ses paroles.
—Et, continua celui-ci d'un ton méprisant, les demi-sang sont lâches, mous comme des femmes, poltrons comme des veaux marins. Ils ont la langue crochue.