Une fumée intense régnait dans la pièce souterraine, et l'obscurité était à peine combattue par les lueurs ardentes du brasier.

Cependant, quand, après un instant, le jeune homme se fut un peu habitué aux senteurs écoeurantes et à la pénombre du local, il découvrit que c'était une chambre longue de douze à quinze pieds, sur sept ou huit de large, creusée dans le sol et voûtée au moyen de branches de pin recouvertes de glaise et de neige.

On y voyait plusieurs canots d'écorce rangés contre l'une des parois de la muraille; au-dessus étaient accrochés des pagaies, des filets, des harpons grossièrement fabriqués. Dans le fond pendaient, suspendus à la voûte, des quartiers de venaison, des tranches ou des darnes de saumon, sous lesquels séchaient des lots de pelleteries.

Le long du mur opposé aux canots, des cadres, divisés par des compartiments de sapinage, composaient les lits des habitants de la hutte. Et près de ces lits différentes armes étaient disposées en faisceaux. Il y avait des fusils, des pistolets, mêlés à des arcs, des flèches, des haches, des lances, des casse-têtes et des coutelas.

A la tête de l'un des cadres, deux plumes d'aigle fichées en sautoir, comme pour servir de support à une tête d'ours, indiquaient la couche du chef ou okema.

Devant le foyer, un siège bas et large, drapé d'une riche fourrure et alors inoccupé, annonçait aussi la place de l'okema.

Quoique jeunes et mises avec une sorte de coquetterie, les deux femmes étaient peu faites pour inspirer l'amour. Elles avaient le visage violemment tanné, le front étroit, fuyant en arrière, les joues creuses, aux pommettes saillantes, la bouche grande et le nez aplati. Leurs oreilles, tendues par de lourds anneaux de fer, descendaient presque sur les épaules. Des coquilles bleues et rouges étaient enfilées dans les tresses de leurs cheveux noirs, séparés par une raie au sommet du front, et qui flottaient en deux nattes sur leur dos.

L'ouabiouou, couverture nationale, en peau de cygne, brodée avec de la passementerie écarlate et des grains de verre multicolores, constituait leur vêtement principal.

Au col, elles portaient des colliers de ouampums.

Les marmots, qui travaillaient avec elles à mastiquer des morceaux de graisse, étaient presque nus.