—Kit-chi-ou-a-pous a faim, dit le sagamo en s'adressant à ces femmes.
Aussitôt les enfants se retirèrent au bout de la hutte.
Le chef s'assit sur son escabeau, et désigna à Mac Carthy une place vis à vis de lui.
Il n'avait pas quitté ses armes. James crut devoir agir de même.
Les squaws enlevèrent du feu l'estomac et le portèrent entre les deux convives, à l'aide des petites fourches qui avaient servi à le cuire.
—Voici ton mets, mon frère, dit le Grand-Lièvre à Mac Carthy, en s'armant d'une poche faite avec une espèce de buis nommé pour cette raison bois à cuiller par les trappeurs canadiens-français.
Et, sans plus s'inquiéter de son hôte, le Chippiouais se mit à vider le contenu du viscère avec une rapidité merveilleuse.
L'avocat avait grand'faim. Le parfum qui s'exhalait de la soupe aiguisait encore son appétit, développé par un jeûne de plus de quinze heures; et, quoique élevé parmi les civilisés, il ne se sentait aucune répugnance à ce mélange d'eau, de suif et d'herbes aromatiques préparé par les dents de deux sales Indiennes et de leurs babouins plus immondes encore, dans l'estomac d'un daim.
Mais notre homme était fort embarrassé. Son amphitryon le traitait un peu bien comme le renard avait traité la cigogne de la fable. Soit mégarde, soit malignité,—et les Indiens sont très-mystificateurs, Mac Carthy le savait,—Kit-chi-ou-a-pous avait oublié de lui donner une cuiller.
L'avocat se garda, avec raison, d'en demander une. C'eût été s'abaisser dans l'esprit du sagamo, qui, d'ailleurs, eût sans doute fait la sourde oreille.