[Note 23: A l'appui de ces détails, j'invoque le témoignage des voyageurs qui ont publié des études sur les moeurs des Chippiouais ou Chippeways, comme ils sont improprement nommés en France. Le fait que je viens de mentionner est rapporté tout au long par Carver (Voyage dans l'Amérique septentrionale), qui croit cependant, mais à tort, la coutume particulière aux Nadoessis.]

En récompense de sa valeur, la Grande-Femme épousa Kit-chi-ou-a-pous, principal sagamo des Chippiouais.

Elle était l'orgueil de son sexe, le modèle proposé à toutes les aimables squaws.

L'entrée de cette glorieuse créature dans la salle des délibérations produisit une sensation immense.

—Kitchi-Ickoui a, dit-elle, entendu les paroles de Pointe-de-Flèche, et elle déclare que sa langue est fausse. Durant les huit derniers jours et nuits, elle est restée dans la loge des purifications, sans voir ni Kit-chi-ou-a-pous, ni aucun autre homme. Que Pointe-de-Flèche me donne le poagan.

Le jongleur jeta aussitôt la pipe au feu, mais un chef la ramassa avant que la flamme l'eût touchée et la passa à l'Indienne.

L'ayant examinée, celle-ci dit, en indiquant des traces de dents à l'extrémité du chalumeau:

—Ce qui prouve que le discours de Pointe-de-Flèche n'est pas droit, c'est que le tuyau n'a pas éclaté, comme il serait advenu si l'inculpation était vraie, mais qu'il a été mâché comme un os par un chien. Cette assertion, appuyée de la preuve, ramena immédiatement à Kit-chi-ou-a-pous l'esprit du conseil.

Le jongleur, couvert de honte, dut quitter la salle, et l'expédition proposée par le Grand-Lièvre fut résolue séance tenante.

Les sagamos revinrent sur la place et déclarèrent cette décision à la foule.