Au moment où la pomme disparut, il éprouva de cette perte un vague regret qui dura quelques secondes. Il reprit avec aisance sa canne et son gant et se mit à marcher droit et satisfait pour dépasser les jeunes filles.
Mais dans les ténèbres de la nuit, M. Hinchcliff eut un rêve. Il vit la vallée, les épées de flammes, les arbres rabougris et il sut que c'était réellement le fruit de la Connaissance qu'il avait si inconsidérément jeté, et il s'éveilla fort malheureux.
Dans la matinée, son regret disparut, mais plus tard. Il revint le tourmenter, jamais néanmoins lorsqu'il était heureux ou très occupé.
Enfin par une nuit de lune, vers onze heures, quand tout Holmwood fut endormi, ses regrets reparurent avec une force redoublée et avec eux la tentation de courir les aventures. Il se glissa hors de la maison, escalada le mur, gagna à travers la ville silencieuse le chemin de la gare et pénétra dans le verger où il avait jeté le fruit, mais il ne put rien trouver parmi l'herbe humide et les fragiles globes de pissenlits.
[L'HOMME VOLANT]
L'ethnologue considéra pensivement la plume de Bhimraj.
—Il semblait ne guère tenir à s'en séparer, dit—il.
—Elle est sacrée pour les chefs, répondit le lieutenant, comme la soie jaune est sacrée pour l'empereur de Chine.
L'ethnologue ne répondit pas. Il hésitait; puis entrant brusquement en matière, il demanda:
—Quel est ce conte à dormir debout, qu'ils racontent à propos d'un homme volant?