—Oh! si, bien assez! Merci! dit la femme, et ils éclatèrent de rire tous les trois.

J’étais ridicule et vexé. Sans y réussir, j’essayai de leur raconter ce que j’avais vu. Ils rirent de plus belle à mes phrases sans suite.

—Vous en saurez bientôt davantage! leur dis-je en me remettant en route.

J’avais l’air si hagard qu’en m’apercevant du seuil ma femme tressaillit. J’entrai dans la salle à manger; je m’assis, bus un verre de vin, et aussitôt que j’eus pu suffisamment rassembler mes esprits, je lui racontai les événements dont j’avais été témoin. Le dîner, un dîner froid, était déjà servi et resta sur la table sans que nous y touchions pendant que je narrai mon histoire.

—Il y a une chose rassurante, dis-je pour pallier les craintes que j’avais fait naître, ce sont les créatures les plus maladroites que j’aie jamais vues grouiller. Elles peuvent s’agiter dans le trou et tuer les gens qui s’approcheront, pourtant elles ne pourront jamais sortir de là... Mais quelles horribles choses!

—Calme-toi, mon ami, dit ma femme en fronçant les sourcils et en posant sa main sur la mienne.

—Ce pauvre Ogilvy! dis-je. Penser qu’il est resté mort, là-bas!

Ma femme, du moins, ne trouva pas mon récit incroyable. Quand je vis combien sa figure était mortellement pâle, je me tus brusquement.

—Ils peuvent venir ici, répétait-elle sans cesse.

J’insistai pour qu’elle bût un peu de vin et j’essayai de la rassurer.