De toutes les choses surprenantes et merveilleuses qui arrivèrent ce vendredi-là, la plus étrange à mon esprit fut la combinaison des habitudes ordinaires et banales de notre ordre social avec les premiers débuts de la série d’événements qui devaient jeter à bas ce même ordre social. Si, le vendredi soir, prenant un compas, vous eussiez décrit un cercle d’un rayon de cinq milles autour des carrières de Woking, il est douteux que vous ayez pu trouver, en dehors de cet espace, un seul être humain—à moins que ce ne fût quelque parent de Stent, ou des trois ou quatre cyclistes et des gens venus de Londres dont les cadavres étaient demeurés sur la lande—qui eût été en rien affecté dans ses émotions et ses habitudes par les nouveaux venus. Beaucoup de gens, certes, avaient entendu parler du cylindre, en avaient même causé à leurs moments de loisir, mais cela n’avait certainement pas produit la sensation qu’aurait soulevée un ultimatum à l’Allemagne.

Alors, avec un sifflement le rayon oscilla, enflammant les cimes des hêtres qui bordaient la route, faisant éclater les briques, fracassant les carreaux, enflammant les boiseries des fenêtres et faisant s’écrouler en miettes le pignon d’une maison...

(CHAPITRE VI)

A Londres, ce soir-là, le télégramme du malheureux Henderson, décrivant le dévissage graduel du projectile, fut reçu comme un canard et le journal du soir auquel il avait été adressé—ayant, sans obtenir de réponse, télégraphié pour une confirmation de la nouvelle—décida de ne pas lancer d’édition spéciale.

Même dans ce cercle fictif de cinq milles, la majorité des gens restaient indifférents. J’ai déjà décrit la conduite de ceux, hommes et femmes, auxquels je m’étais adressé. Dans tout le district, les gens dînaient et soupaient; les ouvriers jardinaient après les travaux du jour; on couchait les enfants; les jeunes gens erraient amoureusement par les chemins et les savants compulsaient leurs livres.