Je me soulevai et au bruit que je fis il ramena vivement ses regards sur moi.
—Avez-vous de l’eau? demandai-je brusquement.
Il secoua la tête.
—Vous n’avez fait qu’en demander depuis une heure, dit-il.
Un instant nous nous regardâmes en silence, procédant l’un et l’autre à un réciproque inventaire de nos personnes. Je crois bien qu’il me prit pour un être assez étrange, ainsi vêtu seulement d’un pantalon trempé et de chaussettes, la peau rouge et brûlée, la figure et les épaules noircies par la fumée. Quant à lui, son visage dénotait une honorable simplicité cérébrale: sa chevelure tombait en boucles blondes crépues sur son front bas et ses yeux étaient plutôt grands, d’un bleu pâle, et sans regard. Il se mit à parler par phrases saccadées, sans plus faire attention à moi, les yeux égarés et vides.
—Que signifie tout cela? Que signifient ces choses? demandait-il.
Je le regardai avec étonnement sans lui répondre.
Il étendit en avant une main maigre et blanche et continua sur un ton lamentable:
—Pourquoi ces choses sont-elles permises? Quels péchés avons-nous commis? Le service divin était terminé et je faisais une promenade pour m’éclaircir les idées, quand tout à coup éclatèrent l’incendie, la destruction et la mort! Comme à Sodome et à Gomorrhe! Toute notre œuvre détruite, toute notre œuvre..... Qui sont ces Marsiens?
—Qui sommes-nous? lui répondis-je, toussant pour dégager ma gorge embarrassée et sèche.