Il empoigna ses genoux et tourna de nouveau ses yeux vers moi. Pendant une demi-minute, il me contempla sans rien dire.
—Je me promenais par les routes pour éclaircir mes idées, reprit-il, et tout à coup éclatèrent l’incendie, la destruction et la mort!
Il retomba dans le silence, son menton maintenant presque enfoncé entre ses genoux. Bientôt il continua, en agitant sa main:
—Toute notre œuvre, toutes nos réunions pieuses! Qu’avons-nous fait? Quelles fautes a commises Weybridge? Tout est perdu! tout est détruit! L’Église!—il y a trois ans seulement que nous l’avions rebâtie!—Détruite! Emportée comme un fétu! Pourquoi?
Il fit une autre pause, puis il éclata de nouveau comme un dément.
—La fumée de son embrasement s’élèvera sans cesse! cria-t-il.
Ses yeux flamboyaient et il étendit son doigt maigre dans la direction de Weybridge.
Je commençais maintenant à connaître ses mesures. L’épouvantable tragédie dont il avait été le spectateur—il était évidemment un fugitif de Weybridge—l’avait amené jusqu’aux dernières limites de sa raison.
—Sommes-nous loin de Sunbury? lui demandai-je d’un ton naturel et positif.
—Qu’allons-nous devenir? continua-t-il. Y a-t-il partout de ces créatures? Le Seigneur leur a-t-il livré la terre?