—Est-ce qu’il y a de l’eau par ici? demanda-t-il. Il a très soif, il est presque moribond. C’est Lord Garrick.
—Lord Garrick! répondit mon frère, le Premier Président à la Cour?
—De l’eau? répéta l’autre.
—Il y en a peut-être dans une de ces maisons, dit mon frère, mais nous n’en avons pas et je n’ose pas laisser mes gens.
L’homme essaya de se faire un chemin, à travers la foule, jusqu’à la porte de la maison du coin.
—Avancez! disaient les fuyards en le repoussant. Ils viennent! Avancez!
A ce moment, l’attention de mon frère fut attirée par un homme barbu à face d’oiseau de proie, portant avec grand soin un petit sac à main, qui se déchira, au moment même où mon frère l’apercevait et dégorgea une masse de souverains qui s’éparpilla en mille morceaux d’or. Les monnaies roulèrent en tous sens sous les pieds confondus des hommes et des chevaux. Le vieillard s’arrêta, considérant d’un œil stupide son tas d’or et le brancard d’un cab, le frappant à l’épaule, l’envoya rouler à terre. Il poussa un cri, et une roue de camion effleura sa tête.
—En avant! criaient les gens tout autour de lui. Faites de la place!
Aussitôt que le cab fut passé, il se jeta les mains ouvertes sur le tas de pièces d’or et se mit à les ramasser à pleins poings et à en bourrer ses poches. Au moment où il se relevait à demi, un cheval se cabra par-dessus lui et l’abattit sous ses sabots.