Les roues avançaient sans bruit sur l'herbe; on venait de franchir le sommet d'une de ces ondulations de terrain dont nous avons parlé.

«Nous avons quitté le chemin», cria tout à coup John à Muller, qui le précédait toujours de quinze ou vingt pas.

«Tout va bien! tout va bien! répondit Frank; nous coupons par le plus court, pour arriver au gué.»

Sa voix résonnait étrange et creuse, dans les profondeurs du silence. A cent mètres, la faible lumière qui brillait encore, se réfléchissait sur la large surface de la rivière.

En cinq minutes, ils furent sur la rive, mais l'obscurité augmentait et l'on ne distinguait pas l'autre bord.

«Tournez à gauche, cria Muller; le gué est à quelques mètres en aval; l'eau est trop profonde ici, pour les chevaux.»

John obéit, suivit le cheval de Muller sur une longueur de trois cents mètres environ et l'on atteignit un endroit où l'eau se précipitait et tourbillonnait en grondant.

«Voici l'endroit, dit Muller; dépêchez-vous; la maison est sur l'autre rive et vous ferez bien d'y arriver avant que l'orage éclate.

—Tout cela est fort bien, répliqua John, mais je ne vois pas à un pouce devant moi et je ne sais où passer.

—Allez tout droit; il n'y a pas plus de trois pieds d'eau et pas une roche.