—Dites-moi franchement ce que vous pensez. Nous reste-t-il quelque espoir?»

Nouveau silence. Il se demandait s'il devait dire toute la vérité; après réflexion il s'y décida.

«Je n'en vois aucun, Jess; si nous ne sommes pas noyés, nous serons certainement fusillés. Ils nous attendront jusqu'au matin sur la rive et, pour leur propre sécurité, ils n'oseront pas nous laisser vivre.»

Il ignorait que deux des assassins étaient morts et que le troisième avait fui terrifié.

«Chère Jess, reprit-il, à quoi bon mentir? Notre fin peut venir à tout instant; il semble impossible qu'elle ne vienne pas avant le lever du soleil.»

C'étaient là des paroles solennelles et terribles, et le lecteur le comprendra, s'il peut se rendre compte de la situation de nos deux personnages. Il est affreux de se sentir, en pleine force, en pleine jeunesse, face à face avec une mort violente, de savoir que l'on peut, d'un instant à l'autre, entrer dans cet inconnu, plus redoutable peut-être que la vie. John sentait son cœur défaillir devant cette force de la mort. Mais il est quelque chose de plus fort encore: c'est l'amour parfait d'une femme. Contre cela, la mort elle-même ne peut pas prévaloir. Au regard de John, répondait en ce moment le regard de Jess rempli d'une lumière surnaturelle. Elle ne craignait pas la mort, si elle allait au-devant d'elle avec son bien-aimé. La mort était son espoir et sa délivrance. Ici-bas, elle n'attendait rien; au delà elle pouvait trouver tout. Ses fers tombaient, brisés par une main toute-puissante. Le devoir était satisfait, sa mission remplie et elle était libre!... libre de mourir avec son bien-aimé. Oui, son amour était plus profond que la tombe et maintenant il se redressait dans toute sa force, prêt à s'élancer vers les régions de l'amour éternel.

«Vous êtes bien sûr, John? demanda-t-elle encore.

—Oui, chère; oui. Pourquoi me contraindre à vous le répéter? Je ne vois aucun espoir.»

Les bras de la jeune fille enlaçaient le cou de John; il sentait sur ses joues la caresse de ses boucles soyeuses et le souffle de son haleine.

«C'est que j'ai quelque chose à vous dire, John, et je ne peux vous le dire que si nous devons mourir. Vous savez ce que c'est, mais je désire que vous l'entendiez de mes lèvres, avant que je meure. Je vous aime, John, je vous aime, je vous aime! et je suis heureuse de mourir, parce que je peux mourir et quitter ce monde avec vous.»