«Le gouvernement britannique s'est rendu, riposta le même homme. Il renonce au pays et doit l'évacuer dans les six mois.

—C'est un mensonge! dit Silas, bondissant sur ses pieds; un lâche mensonge. Quiconque prétend que les Anglais ont abandonné le pays à quelques milliers de bandits comme vous, et trahi de loyaux sujets, est un menteur, vomi par l'enfer.»

Il y eut un nouvel éclat de rire et, lorsqu'il prit fin, Frank Muller s'avança.

«Ce n'est pas un mensonge, Silas Croft, dit-il, et les lâches ne sont pas les Boers qui vous ont battus bien des fois, mais vos soldats, qui se sont toujours enfuis et votre gouvernement qui suit l'exemple de vos soldats. Regardez, ajouta-t-il, en tirant un papier de sa poche, vous connaissez cette signature, je pense? C'est celle du Triumvirat; écoutez ce qu'il dit:

«Très cher Herr Muller,

«Les présentes sont pour vous informer que, par la force des armes qui combattent pour le droit et la liberté, et aussi par la lâcheté du gouvernement britannique, de ses généraux et de ses soldats, nous avons, de par la volonté du Tout-Puissant, conclu aujourd'hui une paix glorieuse avec l'ennemi. Le gouvernement britannique cède sur presque tous les points et ne sauve que les apparences. La République sera rétablie et les dernières troupes quitteront le pays dans six mois. Faites savoir ceci à tous et n'oubliez pas de rendre grâces à Dieu pour nos victoires.»

Les Boers acclamèrent cette lecture et Bessie se tordit les mains. Quant au vieillard, il s'appuya au mât et sa tête ensanglantée se courba sur sa poitrine, comme s'il allait s'évanouir. Puis tout à coup il se releva, et, les poings crispés, brandis en l'air, éclata en un tel torrent de malédictions, que les Boers eux-mêmes reculèrent un instant, muets devant l'explosion de cette fureur qui puisait sa force dans un excès d'humiliation.

C'était un spectacle effrayant de voir ce sage et pieux vieillard, le visage meurtri, ses cheveux blancs souillés de sang, ses vêtements en lambeaux, frapper la terre du pied, menacer ceux qui l'entouraient, blasphémer son créateur, maudire le jour où il était né, couvrir d'insultes sa patrie bien-aimée, son titre d'Anglais, le gouvernement qui l'abandonnait et tomber enfin en convulsions, à l'ombre de son drapeau déshonoré!


CHAPITRE XXVIII