Tout à coup il s'arrêta et jeta un cri, en montrant le toit d'où s'échappaient des panaches de fumée bleuâtre.

«Qui a mis le feu? cria-t-il. Par le ciel! je le ferai fusiller.»

Les Boers regardèrent stupéfaits. En un instant, le toit flamba comme de l'amadou, avec une rapidité extraordinaire. C'était l'heure où souvent une brise légère soufflait de la colline et bientôt elle inclina les flammes en un arc immense, vers les Boers qui ne tardèrent pas à sentir la chaleur et la fumée leur brûler le visage.

«Oh! la maison brûle!» cria Bessie, complètement écrasée par ce nouveau malheur.

«Ici tous, ordonna Muller, et voyez si l'on peut sauver quelque chose. On étouffe ici; il faut en sortir.»

A ces mots il se baissa, prit Silas Croft dans ses bras et, suivi de Bessie, le porta dans la plantation où Jantjé s'était réfugié. Au centre se trouvait une petite clairière entourée de jeunes orangers et gommiers. Là, il déposa le vieillard sur une couche d'herbe et de feuilles sèches, et s'éloigna sans un mot, pour se rendre compte des progrès de l'incendie; déjà l'on ne pouvait plus approcher de la maison. En un quart d'heure, l'intérieur ne fut plus qu'un bûcher incandescent; au bout d'une demi-heure, il ne restait debout que les murs extérieurs, épais et faits de pierre, au-dessus desquels s'étendait un sombre voile de fumée. Belle-Fontaine n'était plus qu'une ruine noircie; les communs et dépendances, couverts en fer galvanisé, restaient seuls intacts.

Il y avait à peine cinq minutes que Muller était parti, lorsque, à la grande joie de Bessie, son oncle ouvrit les yeux et put s'asseoir.

«Qu'y a-t-il? qu'y a-t-il? dit-il. Ah! je me souviens. Qu'est-ce que cette odeur de feu? Auraient-ils incendié la maison?

—Hélas! oui, mon oncle», répondit Bessie en pleurant amèrement.

Le vieillard poussa un gémissement.