«Prisonnier, avez-vous quelque question à poser au témoin? demanda Muller.
—Aucune; je n'admets pas votre juridiction, répéta le vieillard, avec énergie.
—Le prisonnier refuse d'interroger le témoin et, de nouveau, je récuse son objection. Messieurs, désirez-vous entendre d'autres témoignages?
—Non, non.
—Trouvez-vous le prisonnier coupable de ce dont on l'accuse?
—Oui, oui.»
Muller prit une note et poursuivit:
«Alors, le prisonnier ayant été reconnu coupable de haute trahison et de tentative de meurtre, il ne reste plus qu'à décider du châtiment que la loi doit infliger à de si grands crimes. Tout homme rendra son verdict après avoir dûment considéré s'il peut en aucune façon, d'après la voix sainte de sa conscience et les inspirations de la miséricorde, étendre sa merci jusqu'au prisonnier. En qualité de commandant et de président de la Cour, j'ai le droit de voter le premier et je dois vous dire, Messieurs, que je sais combien est lourde ma responsabilité devant Dieu et devant mon pays; je dois aussi vous recommander de ne pas vous laisser influencer ou entraîner par ma décision, car je ne suis, comme vous tous, qu'un homme sujet à l'erreur.
—Écoutez, écoutez», s'écria-t-on du chariot, quand il s'arrêta pour juger de l'effet produit par son discours.
«Messieurs et citoyens, mon inclination naturelle est en faveur du pardon. Le prisonnier est un vieillard, qui a vécu longtemps parmi nous comme un frère. C'est en réalité l'un des pionniers et, quoique Anglais, l'un des pères du pays. Pouvons-nous condamner un tel homme à une mort sanglante, surtout quand nous savons qu'il est le soutien d'une jeune nièce?