Il obéit en grimaçant un sourire.

«De quoi parlerons-nous, Missie? Voulez-vous que je vous conte une histoire du temps que les bêtes parlaient, comme je faisais quand vous étiez petite?

—Non, Jantjé; parlez-moi du bâton, de ce long bâton qui a un gros bout et des entailles au-dessous. Est-ce que baas Frank Muller n'est pas pour quelque chose dans cette histoire?»

Instantanément le visage du Hottentot devint mauvais.

«Oui, oui, Missie», dit-il, en saisissant le bâton de ses doigts maigres et crochus. «Voyez-vous cette large entaille? C'est pour mon père: baas Frank l'a tué avec son fusil; et celle-ci c'est pour ma mère: baas Frank l'a tuée de même; et cette troisième, c'est pour mon oncle, un homme bien vieux, bien vieux: baas Frank a tiré sur lui aussi. Et ces marques plus petites, c'est pour les coups que j'ai reçus de lui,... oui; et pour d'autres choses aussi. Et maintenant je vais en faire d'autres: une pour la maison qu'il a brûlée; une pour le vieux baas Croft, mon baas à moi, qu'il va fusiller, et une pour missie Bessie.»

En effet, il tira de son côté un très grand couteau de chasse à manche blanc et se mit à creuser ses entailles.

Jess connaissait ce couteau depuis longtemps. C'était le trésor préféré de Jantjé, la grande joie de son pauvre cœur étroit. Il l'avait acheté d'un Zulu, au prix d'une génisse que Silas lui avait donnée pour six mois de gages. Le Zulu le tenait d'un homme qui venait de la baie Delagoa. Par le fait, c'était un couteau samali, fait d'acier du pays, qui coupe comme un rasoir, et dont le manche avait été taillé dans une défense d'hippopotame. Il était long d'un pied, traversé, dans la longueur de la lame, de trois rainures, et très lourd.

«Laissez-moi regarder ce couteau, Jantjé.»

Il le mit dans la main de Jess.

«Il tuerait bien un homme, dit-elle.