Si je voulais faire un groupe de madame de la Vaudère et de Rachilde, je montrerais la petite Jane à genoux, admiratrice, balbutiant, en grande émotion hésitante, les mots: «Maître!... maîtresse!...» cependant que Rachilde, droite, méprisante, hausserait la tête en un orgueil qui ne serait pas tout à fait grotesque.
Car Rachilde a reçu des dons considérables et, malgré les circonstances déformantes et enlaidissantes, elle conserve de beaux restes.
Rachilde a le malheur d'être perdue au milieu des petites-maîtresses du Mercure de France. Il fallait un mâle à toutes ces parfumées. Rachilde, plus virile que ces chaussettes-roses, fut condamnée à être l'homme de la bande, le pacha du harem.
Malgré le rôle burlesque qui lui est imposé, il y en a de plus ridicules dans sa troupe.
Rachilde a cette éloquence passionnée, abondante, quoique faite de cris rapides et sans suite, qui est le fond de beaucoup de talents féminins. Le génie de la femme semble surtout lyrique; je veux dire puissant, mais court et désordonné.
La femme, même supérieure, s'ignore presque toujours elle et les limites de ses forces. Bavarde, elle prend l'abondance verbale pour la fécondité mentale et elle aspire à produire des œuvres longues. Voyez plutôt Catulle Mendès et ses inepties diffuses.
Certes, Mme Rachilde est moins femme que Mendès: elle a beaucoup moins de souplesse, un peu moins de verbosité, peut-être aussi un peu plus de solidité et de pensée. Mais elles ont des points communs: perversité réelle et pose de perversité; imagination amusante parfois, souvent absurde; romantisme fougueux dans le mot, dans la phrase, dans la composition. Catulle m'apparaît la souillon de Hugo. Rachilde, déjà à moitié folle avant la rencontre de cette poésie trop forte pour elle, coucha peut-être une nuit entre Edgar Poë et Baudelaire. J'espère mieux pour leur prochaine existence: je rêve Mendès femme de Rachilde.